Il y a déjà quelques années, le Centre d’Histoire Sociale a réhabilité un manège à cheval au Cours Notre-Dame, rue d’Ernemont à Rouen.
Le cheval était attaché à la poutre (sur la gauche de la photo, on peut d’ailleurs encore vois un crochet) et devait tourner en rond. L’énergie ainsi générée était transformée mécaniquement.
Pour la petite histoire, le mieux est encore de laisser Jean-Pierre Engelhard nous la raconter :
Nous étions en relation avec Jean-Pierre Collinet (aujourd’hui lieutenant-colonel en retraite) qui pensait à l’époque créer un musée des pompiers.
Un jour, il nous signale l’existence d’un pressoir au Cours Notre-Dame, rue d’Ernemont. Une fois sur place, nous nous apercevons qu’il s’agit, non pas d’un pressoir, mais d’un manège à chevaux. Aujourd’hui très rares, il en existait des quantités dans la région autrefois.
Les premières usines de Oissel, ville industrielle, tournaient avec des manèges à chevaux car on n’avait pas pu installer de moulins en bord de Seine comme à Vernon.
Il y en avait aussi dans de nombreuses fermes. On retrouve encore quelques-uns de ces bâtiments hexagonaux accolés à un bâtiment.
Interdit d’accès aux enfants de l’école, la charpente et la couverture étaient restées en bon état mais le pied de l’axe était pourri et d’autres pièces nécessitaient une rénovation. Nous avons eu les meilleurs relations avec la direction de l’école ce qui nous a permis de le réhabiliter et de le présenter aux journées du patrimoine.
Le manège est composé d’un axe vertical, d’un grand rouet horizontal et d’un pignon qui transmet l’énergie sur un arbre. Ici c’était pour entraîner une pompe qui puisait de l’eau dans un puit à 40 mètres de profondeur.
Cette pompe permettait de remplir des réservoirs et, par écoulement, cela alimentait tous les bâtiments et arrosait les jardins.
Il n’y avait pas d’installation d’eau à Rouen. Les points d’eau étaient les rivières, le Robec, l’Aubette, la Ronelle, déjà fortement polluées, et suffisaient à peine à la ville. Tandis que le Cours Notre-Dame avait son autonomie.
Un peu de menuiserie
En faisant un tour du manège, un œil curieux sera intrigué par le système utilisé pour obtenir un anneau aussi grand en bois :
L’anneau n’est pas constitué d’une seule pièce mais de la réunion de plusieurs arcs. Et c’est cette réunion qui est intéressante. Elle n’utilise aucune pièce métallique, permet d’obtenir un résultat sans débord tout en gardant les pièces solidaires et démontables.
Le schéma ci-dessous permet de mieux se rendre compte de l’ingéniosité du système. La clé, une fois positionnée maintient le tout. Il suffit de la retirer pour démonter l’ensemble :
Il existe un gros machin sous la machine à vapeur Crépelle habituellement plongé dans la pénombre : la pompe à air. Que j’appelais il y a peu un “récupérateur de vapeur”, ne connaissant pas la dénomination officielle (Christian m’en a donné le terme exact). Et bien que l’on parle de pompe à air, l’élément pompé est bien de l’eau 😉
Ernestine étant désormais mue par air comprimée, la pompe n’est pas utile et avait été déconnectée.
Elle reste néanmoins un élément indispensable de cette machine à vapeur. Son rôle est de récupérer la vapeur en sortie afin de la réinjecter dans la chaudière. La consommation d’eau s’en trouve ainsi extrêmement réduite.
Le but de la manœuvre est de reconnecter la pompe à Ernestine.
Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, il y a tout au plus une dizaine de centimètres à parcourir.
Sauf que :
la pompe est tout en acier (donc très lourd),
et il faut la positionner précisément.
Il va donc falloir placer dessous des barres afin de la faire rouler.
Comme vous pouvez le constater sur la photo de droite, les lieux sont exigus.
On ne tient pas debout et il faut disposer d’un vêtement de travail si on ne veut pas raccourcir la durée de vie de ses vêtements du dimanche.
Il n’est également pas possible d’amener des équipements plus gros qu’un cric.
La méthode :
un cric,
des calles en bois,
deux barres,
beaucoup de patience,
un dos ou des genoux en bonne santé…
Une fois la pompe correctement positionnée, il faudra ensuite utiliser une barre de liaison pour la relier à Ernestine.
La pompe est mue par le mouvement de la machine à vapeur.
Il reste encore à installer la bielle :
Visiblement la bielle a souffert elle aussi de la rouille. De plus la photo est trompeuse puisque la barre n’est pas encore installée.
Elle a été posée afin de pouvoir prendre des mesures et se rendre compte d’éventuels problèmes de décalage.
Il reste encore du travail, des pièces à ajuster, à nettoyer etc.
Vous trouverez ci-après une petite galerie photos des opérations.